La Roulette Végétale

The Green and the Red - Armand Chauvel,

By Stefan - mardi 1 juillet 2014 No Comments

Je finissais le troisième et dernier tome de Troie, récit épique revisité avec brio par David Gemmel, lorsque Armand m'a contacté pour me présenter son roman, [The Green and the red], Le Vert - Le Rouge, une nouvelle traitant de végétarisme sur fond de romance ou une romance sur fond de végétarisme.

Le livre et l'auteur ne m'étaient pas inconnus car Armand Chauvel est aussi administrateur d'un blog consacré au végétarisme : Vegeshopper. Je me souviens de quelques tentatives pour me procurer ledit livre dans la langue de Molière, en vain. Car oui, [The Green and the Red] n'est disponible qu'en anglais. Bien que me considérant d'un niveau moyen d'anglais, j'ai tenté le pari de le lire et je peux vous dire que je ne le regrette pas, bien au contraire. L'anglais est suffisamment accessible à tou(te)s pour comprendre son histoire et ses subtilités, son humour. Il est sorti chez Ashland Creek Press, un éditeur basé en Oregon, spécialisé dans la littérature écologique (eco lit) et traduit par Elisabeth Lyman. Armand a bien voulu répondre à quelques-unes de nos questions, retrouvez l'interview ci-dessous. Bonne lecture !

Elle est végétarienne, il est carnivore.

L'histoire de [The Green and the red] se situe à Rennes, capitale de la Bretagne. On suit le parcours de deux protagonistes que tout semble opposer. D'un côté, Léa, végétarienne, propriétaire du restaurant La Dame Verte, à la recherche d'un prêt pour sauver son établissement. Elle est accompagnée de Pervenche, à la fois au service et en cuisine, une jeune femme vegan aux idées bien arrêtées, ce qui donnera lieu à quelques conflits végétarien/végétalien. Il y a également Charline, le familier de Léa, un adorable cochon nain noir, responsable de quelques scènes d'anthologie.
D'autre part, on fait la connaissance de Mathieu, directeur marketing dans la société Nedelec - une entreprise familiale mais aussi le plus grand producteur de porcs de la ville - dont il réussit à faire grimper le chiffre d'affaire grâce à ses idées novatrices. Mathieu est ambitieux, aime la viande, les femmes. Autour de lui gravite Auguste, le big boss, personnage caricatural, grosse voix, colérique, proche de l’accident cardiaque dès qu'on parle des végétariens, sa fille Astrid dont les courbes ne laissent pas Mathieu insensible, Jean-Sylvain, concurrent direct qui reste sur des idées anciennes et est souvent en contradiction avec Mathieu, et, pour finir sa secrétaire Arlette pour qui il a une affection sincère et par qui le nom de la Dame Verte arrive à ses oreilles. Les deux personnages centraux seront amenés à se rencontrer lorsque Mathieu, dans le but de marquer des points dans la société face à son rival, propose de bâtir un musée consacré au cochon. Le hic, c'est que sur l'emplacement choisi se dresse La Dame Verte, ce qui n'arrange pas les affaires de la famille Nedelec. Mathieu entre alors dans le restaurant en se faisant passer pour un végétarien afin de mener quelques investigations et rencontre Léa, loin de l'image qu'il s'était faite d'une végétarienne.


The Green and the Red : Le Vert Le Rouge d'Armand Chauvel


The Green and the Red : Avis

J'ai eu beaucoup de plaisir à lire ce livre malgré la barrière de la langue. Que vous soyez omnivore, végétarien ou végétalien, vous vous reconnaitrez dans un des nombreux portraits dressés par Armand, le livre est léger, déborde d'humour. A travers l'histoire, l'auteur nous cite plusieurs faits liés au mode de vie végétarien, les conditions animales, les bienfaits sur la santé, l'environnement, l'intelligence du cochon... mais tout cela est amené de façon subtile dans le récit sans être prépondérant. Là où un No Steak d'Aymeric Caron ou Faut-il manger des animaux de Jonathan Safran Foer pourrait être "rébarbatif" pour certaines personnes (ce sont plus des enquêtes, personnellement j'ai aimé les deux.), The Green and the Red est un livre accrocheur, dans un style fluide que vous pouvez conseiller à tout le monde, c'est un récit positif qui ne pointe personne du doigt et qui expose deux points de vue différents de façon intelligente. Ce qui est certain, c'est que les personnes qui liront le livre d'Armand devraient se poser beaucoup de questions et pour ça le pari est réussi ! A l'approche de l'été et du farniente, c'est une excellente idée de cadeau ! Ah ! et si vous êtes fin gourmet, plusieurs recettes sont énumérées dans le livre et devraient vous faire saliver (moi j'ai craqué !). Alors si l'anglais ne vous fait pas peur - pas besoin d'un niveau très poussé, la preuve, j'ai réussi à le lire - vous pouvez foncer l'acheter, l'offrir à des amis omnis mais aussi végétariens, végétaliens, flexitariens (même eux ne sont pas oubliés dans le livre). Tout ce que je souhaite à Armand, c'est de trouver un éditeur qui puisse nous proposer le livre en français pour en faire profiter le plus grand nombre ! Je fini avec cette citation trouvée sur le site d'Ashland Creek Press car je trouve qu'elle résume parfaitement le livre :
"Written in a cinematic style...This summer read would also make a great summer movie." — Shel Graves for EcoLit Books
"Écrit dans un style cinématographique... Cette lecture d'été ferait également un grand film de l'été."


The Green and the Red : Interview d'Armand Chauvel

 Interview d'Armand Chauvel

Bonjour Armand, peux-tu te présenter ?
Je suis journaliste, correspondant en Espagne de journaux français. Auparavant, j’ai fait le même métier au Portugal. J’écris plutôt sur l’économie et sur les entreprises. A priori, cela peut sembler moins excitant que d’écrire pour un magazine de cinéma ou un grand quotidien par exemple, mais en fait, c’est une fenêtre d’observation privilégiée sur le monde et cela m’a beaucoup aidé pour écrire The Green and The Red, car une bonne partie du livre se déroule dans une entreprise agroalimentaire.


Tu es végétarien, végétalien, vegan ?
Je suis végétarien depuis 2006 et je m’achemine, assez lentement il est vrai, vers le végétalisme. J’ai lu quelques histoires sur des gens devenus véganes du jour au lendemain, mais dans la plupart des cas, je pense que c’est un processus plutôt graduel, chaque étape menant naturellement vers la suivante.

Qu'est-ce qui t'a décidé à écrire The Green and the Red ?
J’étais confronté de la part des omnivores et des carnivores à tant d’idées fausses et de préjugés sur cette question, que je souhaitais contribuer à rétablir un peu la vérité. Je ne sais pas pourquoi, mais il me semblait que le faire par le biais d’une fiction contribuerait à mieux « faire passer la pilule » et, peut-être, à toucher des gens qui liraient moins spontanément un essai ou une enquête journalistique sur le même sujet.

"je souhaitais contribuer à rétablir un peu la vérité"

Il y a une sorte de militantisme (light) végétarien dans le livre, qu'est ce qui vient en premier dans l'écriture du livre, l'idée de placer les "pourquoi" du végétarisme en articulant une romance autour ou l'inverse ?
C’est avant tout un livre sur le végétarisme et le véganisme qui s’en prend, au passage, à l’industrie de la viande. Mais la romance est presque aussi importante, car elle montre à quel point ce que nous mangeons détermine ce que nous sommes et comment le simple fait de changer son alimentation peut nous transformer en tant qu’individus.

Pourquoi as-tu fait de Léa, l'héroïne, une végétarienne plutôt qu'une végétalienne?
D’une part, je suis moi-même végétarien, bien que je me sois pas mal « végétalisé » depuis le début de l’écriture du roman. Mais ce n’est pas la raison principale. Si Léa est une végétarienne qui se cherche (elle devient du reste de plus en plus végétalienne au fil des pages), c’est pour augmenter les occasions de conflits, qui sont le moteur de toute dramaturgie. Elle critique le carnivore Mathieu mais est elle-même critiquée par son assistante, Pervenche, fraîchement végane. Un autre avantage de cette solution est qu’elle permettait de montrer aux personnes non averties les différences parfois subtiles entre flexitarisme, végétarisme, végétalisme, alimentation « plant based » ou véganisme.

"elle devient du reste de plus en plus végétalienne au fil des pages"

Penses-tu que l'amour peut transformer la façon de manger de quelqu'un ?
Oui, mais à condition qu’il existe une prédisposition chez cette personne. Nous vivons dans une culture qui nous entraîne presque malgré nous à faire des choses en désaccord avec notre nature profonde. Ainsi, Mathieu, le véritable protagoniste de mon roman, mange de la viande par conformisme social plus que par goût ce qui lui permet de changer plus aisément que ne le ferait un accro à la barbaque.

Il y a beaucoup de descriptions de recettes dans le livre, ce sont des recettes personnelles, tu cuisines beaucoup ?
Hum ! Disons, pour employer un euphémisme, que je me sens plus à l’aise devant un clavier d’ordinateur que devant un fourneau. En revanche, je connais assez bien le monde de la restauration, car j’ai travaillé plusieurs années à Paris dans une revue du secteur. C’est pourquoi je n’ai pas eu trop de difficulté à recréer le restaurant végétarien de Léa, La Dame Verte. Quant au choix des recettes, glanées ça et là, l’étrangeté et la beauté phonétique ont été mes principaux critères de choix. Je voulais que tout paraisse surprenant et surtout très bon. Elisabeth Lyman, la traductrice, par ailleurs excellente cuisinière, a apporté un grand soin à toute cette partie.

"l’étrangeté et la beauté phonétique ont été mes principaux critères de choix"

Es-tu toujours à la recherche d'un éditeur français ?
Un éditeur français auquel j’avais envoyé le manuscrit m’a répondu : « si le texte est agréable à lire, encore faut-il s’intéresser au destin d’un œuf ou au contenu d’un fromage ». Un autre m’a envoyé sur les roses en me disant d’aller chercher « un éditeur militant ». Bref, ce n’est pas gagné d’avance… Il existe une sorte de cartésianisme parisien bien-pensant selon lequel la condition animale ne peut pas être objet de roman. Mais « 180 Jours », le livre d’Isabelle Sorrente, montre que les choses sont en train de changer. Gardons donc espoir.

"si le texte est agréable à lire, encore faut-il s’intéresser au destin d’un œuf ou au contenu d’un fromage"

Dans les critiques américaines, on dit que le style du livre permettrait d'être adapté au cinéma, je suis plutôt d'accord. Qui engageriez-vous dans les rôles de Léa et Mathieu ?
Même si c’est un rêve pour le moment, une adaptation au cinéma serait formidable, car elle permettrait de divulguer l’idée centrale du livre à une beaucoup plus vaste échelle. Encore faudrait-il que l’adaptation soit fidèle, ce qui impliquerait que le réalisateur ou la réalisatrice soient végétariens ou véganes. Pour le casting, pourquoi pas Jessica Chastain et Ryan Gosling, deux acteurs véganes que j’admire ? Mais dans ce cas, il faudrait donner le premier coup de manivelle assez vite, car dans le roman, Léa et Mathieu ont tout au plus la trentaine…

Jessica Chastain  Ryan Gosling
Le casting d'Armand : Jessica Chastain & Ryan Gosling


Pourquoi faut-il acheter ton livre ?
Avant tout, je l’espère du moins, pour passer un bon moment. Les végétariens et véganes devraient se reconnaître dans pas mal de situations. Si leur chère moitié persiste à manger de la viande, la lecture de The Green and The Red peut aussi être un moyen de faire bouger les lignes en douceur et de faire souffler un vent de paix près du frigidaire. Je m’aperçois en effet que le roman questionne les omnivores, les incitant ne serait-ce qu’à diminuer leur consommation de viande, à s’acheter un livre de recettes végétaliennes ou à modifier leur regard sur le végétarisme. Bien sûr, ce ne sont que quelques témoignages pour le moment, mais ils me font plaisir, car c’était l’objectif recherché.

Des projets ?
Bien entendu ! Mais, comme la chance de réaliser un projet est inversement proportionnelle au temps que l’on passe à en parler, je préfère ne rien dire pour le moment. La seule chose dont je sois sûr est que, si j’écris un autre roman, il portera sur l’écologie. Mon éditeur, Ashland Creek Press, est du reste un pionnier de l’éco-littérature aux États-Unis. Il est en effet clair que, dans un monde limité, la croissance illimitée nous mène droit dans le mur. Il faut donc réagir, comme vous le faites avec Code Planète. Bravo à vous pour ce blog si proactif et intéressant et merci de m’avoir donné la parole !

Merci à toi Armand de m'avoir accordé du temps, fait passer un bon moment en compagnie de Léa et de Mathieu et bonne chance pour la suite !

The Green and the Red : Présentation de l'éditeur

The Green and the RedThe Green and the Red
She’s a vegetarian. He’s a carnivore.
Will it be a table for one?
Meet Léa. She’s the idealistic owner and chef of La Dame Verte, a vegetarian restaurant struggling in a small French town in Brittany.
Meet Mathieu. He’s the carnivorous marketing director of the town’s biggest pork producer, which is trying to put Léa out of business to take over the restaurant's prime real estate.
When Léa and Mathieu first cross paths, it is under false pretenses—Mathieu is posing as a vegetarian, infiltrating the local animal rights community for information that will force Léa’s restaurant toward a swifter demise. And while Léa suspects that Mathieu isn’t all that he appears to be, she has no idea how deep his culinary deception goes. Neither of them can deny the attraction they feel for each other, and it seems as though they might be setting a table for two … until Léa learns the truth.

Translated from the French, The Green and the Red is at once a romantic comedy and a comedy of errors—two people from different worlds coming together in a small French town immersed in the culture of food.

The Green and the Red [Anglais] [Broché] est disponible sur Amazon
Vous pouvez d'ailleurs y lire le premier chapitre.
Vous pouvez aussi le trouver sur le site de l'éditeur en version brochée ou numérique. Ashland Creek Press
Blog de l'auteur : Vegeshopper

The Green and the Red livre
Armand et Elisabeth la traductrice du livre.
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